mardi 29 décembre 2020

BREXIT, DÉMAGOGIE, SOUVERAINISTE ET NATIONALISTE : PAS DE FRONTIÈRES ENTRE NOUS, TRAVAILLEURS !

Plus de 17 000 camions en attente à Douvres, des usines fermées sur le continent, comme celle de Toyota à Valenciennes qui utilise certaines pièces produites en Grande-Bretagne, risques de pénurie de nombreux produits dans les supermarchés français et anglais... Il a suffi de quelques jours pour que l’on ressente les conséquences de la suspension du trafic en provenance de Grande-Bretagne, décidée en début de semaine dernière par plusieurs États européens, dont la France, à la suite de la découverte d'une mutation du Covid-19.

Malgré tout ce que peuvent prétendre les souverainistes partisans d’un repli national, les échanges ont créé une telle interdépendance entre les économies du monde entier que la moindre interruption des liaisons peut rapidement paralyser l’activité de nombreuses entreprises. À cela s’ajoute la course au profit qui amène une grande partie des usines à fonctionner en flux tendu et à cesser leur production au moindre retard.

Mais la façon dont les chauffeurs ont été traités est aussi révélatrice du fonctionnement de l’économie capitaliste. Des deux côtés de la Manche, ceux qui dirigent, au gouvernement comme à la tête des entreprises, se sont inquiétés d’assurer la circulation des marchandises, mais absolument pas des travailleurs qui les transportent. En effet, si des lieux de stockage avaient été aménagés pour les camions, rien n’était prévu par contre pour ceux qui les conduisent ! « On a été parqués comme des bêtes », racontaient certains en exprimant leur colère, « même pas de douche, ils ont juste mis des cabines de toilettes ; on a eu des bouteilles d’eau, mais rien à manger… »

Il n’y a pas que le virus qui fait se refermer les frontières. C’est aussi le cas du Brexit qui doit intervenir le 1er janvier. Après avoir officiellement quitté l'Union européenne, la Grande-Bretagne doit abandonner définitivement le marché unique et l'union douanière. Après des mois de négociations, l’accord finalement conclu le 24 décembre garantit aux capitalistes que le Brexit n’entraînera pas l’instauration de taxes et de droits de douane supplémentaires pour les marchandises. Pour eux, l’essentiel est sauf : les affaires et les profits pourront continuer !

Depuis des années, en Grande-Bretagne, une partie des politiciens se servent du rejet des institutions européennes comme d’un tremplin pour tenter d’accéder au pouvoir. Leur surenchère a conduit à l’organisation du référendum de juin 2016 qui a vu les partisans de la sortie de l’Union européenne l’emporter. Boris Johnson lui-même ne s’était converti à la démagogie antieuropéenne que pour damer le pion à ses concurrents et devenir Premier ministre. Mais contrairement aux promesses mensongères qu’il avait faites, il n’y aura pas moins de licenciements, moins de chômage et moins de pauvreté en Grande-Bretagne grâce au Brexit. Au contraire même, car le patronat britannique voudra faire payer aux travailleurs et aux consommateurs tous les frais supplémentaires, ne serait-ce que ceux occasionnés, par exemple, par le rétablissement de nombreuses formalités administratives. Il n’y aura pas non plus davantage d’argent pour le système de santé, les hôpitaux ou le logement, car le gouvernement se préoccupera avant tout, comme ses prédécesseurs, d’assurer les profits de la classe capitaliste. Par contre, les barrières et les entraves seront plus nombreuses pour les travailleurs immigrés, y compris ceux venant de l’Union européenne, qui rencontreront plus de difficultés pour circuler, se soigner ou obtenir un salaire correct.

En Grande-Bretagne comme en France, la démagogie nationaliste ne sert qu’à détourner la colère sociale des véritables responsables et à distiller dans la classe ouvrière le poison de la division. Dans cette organisation sociale fondée sur la concurrence et la recherche du profit par une minorité de privilégiés, les États nationaux et les frontières qu’ils dressent entre les peuples ne servent qu’à protéger les intérêts des possédants.

Pour défendre leurs intérêts immédiats, et plus encore pour mettre fin à ce système aussi injuste qu’irrationnel, les travailleurs auront besoin de s’unir et d’opposer aux divisions nationales ou religieuses les idées de la lutte de classe et de l’internationalisme. C’est à cette condition qu’ils pourront constituer une force capable d’enlever à la bourgeoisie la direction de la société et d’apporter ainsi une issue à une crise qui est celle du système capitaliste lui-même. 

Le 28 décembre 2020

lundi 21 décembre 2020

Un seul remède contre le virus du profit : les luttes collectives !

Reprise du nombre de contaminations en France et dans toute l’Europe ; découverte en Grande-Bretagne d’une nouvelle souche du virus, peut-être plus contagieuse ; menace d’une troisième vague en janvier : malgré la campagne de vaccination, sur le point d’être lancée, les nuages s’amoncèlent sur 2021 !

La lutte contre l’épidémie est contradictoire et inefficace, et ce dans l’écrasante majorité des pays riches et développés, parce qu’elle est menée en fonction des intérêts de la classe capitaliste.

Au nom de la lutte sanitaire, le Premier ministre Castex nous dit, presque par le menu, comment il faut passer les fêtes de fin d’année. Mais il n’impose rien au grand patronat qui concentre des centaines ou des milliers de travailleurs dans ses usines, ses grands magasins, ses abattoirs ou ses entrepôts.

Pour l’exploitation capitaliste, il n’y a pas de couvre-feu. Ce sont les heures supplémentaires à la pelle, des samedis et des nuits travaillés. Et lorsque les gestes barrières, la distanciation physique et les désinfections ralentissent la production et les cadences, eh bien, ils sont supprimés !

Parce qu’il ne faut pas que la lutte sanitaire diminue les profits, le gouvernement laisse le virus circuler dans les entreprises. Mais, pour contenir l’épidémie autant que possible, il va traquer le Covid dans les moindres recoins de nos vies privées et sacrifier les petits commerçants ou le secteur de la culture.

Le gouvernement demande de la solidarité et un effort collectif. Mais, comme toujours dans cette société capitaliste, les efforts et les sacrifices sont demandés aux classes laborieuses. Et la minorité capitaliste tire les marrons du feu !

Face à l’épidémie, il n’y a déjà pas d’égalité entre riches et pauvres. Dans les entreprises, ce sont les salariés qui courent le risque de tomber malades, pas les actionnaires, bien à l’abri et confinés autant qu’ils veulent ! Et, en plus du Covid, les travailleurs ont à subir la lutte de classe et la cupidité du grand patronat.

La dégradation des conditions d’existence de millions de femmes et d’hommes, l’explosion du chômage et les pertes de salaire dues au chômage partiel ne doivent rien au virus. Elles sont la conséquence de l’avidité et du parasitisme de la grande bourgeoisie.

Des centaines de milliers de salariés vont passer les fêtes dans l’angoisse du lendemain, parce qu’ils ont perdu leur travail ou craignent d’être licenciés. Des millions d’autres croulent sous les dettes et les impayés et ne peuvent remplir leur frigo que grâce aux associations caritatives. Pourquoi ? Parce que les actionnaires de ces grands groupes demandent que leurs dividendes soient garantis !

Quand l’enseigne d’ameublement Alinéa supprime la moitié de ses 2000 emplois, c’est pour le bonheur de ses actionnaires, dont la famille Mulliez, 6e fortune française. Danone, qui a gagné plus d’un milliard au premier semestre, supprime 2000 emplois, pour ne pas décevoir ses actionnaires. On peut en dire autant d’Auchan, de Bridgestone, d’Elior, de General Electric…

La grande bourgeoisie est secourue de mille façons par le gouvernement. Elle est arrosée de prêts garantis par l’État, c’est-à-dire d’argent gratuit. Et cela ne lui suffit pas ! Pour augmenter toujours et encore la rentabilité de ses capitaux, elle s’en prend à ses salariés, à ses intérimaires et ses sous-traitants. Et pour elle, c’est Noël avant Noël !

La Bourse de Wall Street a, en effet, battu des records ces dernières semaines, et celle de Paris a connu une remontée fulgurante. En 2020, les actionnaires du CAC40 devaient toucher 54 milliards de dividendes, en pleine crise ! Et combien a rapporté le Black Friday aux grandes chaînes de distribution ou à Amazon ? Combien rapportent les millions de tests aux laboratoires et aux multinationales de la pharmacie ? Combien toucheront-ils pour les vaccins ?

Crise ou pas crise, le champagne et les milliards coulent à flots sur la bourgeoisie. Pour ceux qui possèdent du capital, les crises sont des façons comme une autre de faire de l’argent. Alors, il faut que les travailleurs aillent chercher cet argent et qu’il serve aux emplois, aux salaires, aux retraites, à l’éducation, à la santé, aux transports en commun, c’est-à-dire à la société !

Il va falloir des mois pour que la vaccination contre le Covid produise ses effets. Mais contre le virus de la rapacité capitaliste, il n’y aura ni vaccin ni traitement. Seule la capacité des travailleurs à se défendre permettra de faire reculer les multinationales et les licencieurs et les empêchera de nuire à toute la société. 

Le 21 décembre 2020

lundi 14 décembre 2020

Le bout du tunnel pour les travailleurs ? Le retour des luttes collectives !

« La France s’en sort mieux que ses voisins », voilà tout ce que trouvent à dire Macron et Castex au bout de dix mois d’incurie, de mensonges, d’improvisations, et près de 60 000 décès !

Et c’est loin d’être terminé car la campagne de vaccination va prendre des mois. Des mois pendant lesquels nous risquons une troisième vague. Des mois d’interdits et de contrôles, car si le gouvernement est incapable de gérer la crise efficacement, il sait profiter de la situation pour essayer de nous mettre au pas !

Sans que l’on en comprenne les raisons, les théâtres et les cinémas, qui s’étaient préparés pour rouvrir et assurer les fêtes, ne rouvriront pas avant janvier. Quant aux fêtes, elles devront se réduire au minimum, avec un couvre-feu à 20h pour le 31 décembre, et Darmanin promet des contrôles !

Macron nous avait promis, il y a trois semaines, « de la clarté » et de la « cohérence » car, disait-il, « rien n'est pire que l'incertitude et l'impression d'une morosité sans fin ». C’est encore raté ! Et « morosité » est un mot faible. Pour des millions de travailleurs, c’est de l’angoisse pour les semaines, les mois, voire les années à venir !

Derrière les fleuristes, les chefs étoilés, les artistes, les responsables de station de ski qui décrivent la catastrophe économique qu’ils subissent, il y a des salariés. Il y a les travailleurs qui, avec le chômage partiel, perdent du salaire et accumulent les dettes. Et il y a tous ceux qui ont perdu un emploi précaire !

Des millions de travailleurs ont vu leurs conditions de vie et leur pouvoir d’achat s’effondrer avec l’explosion du chômage. Ils se démènent entre impayés et retards de loyer. Se nourrir correctement, se chauffer est devenu de plus en plus difficile pour beaucoup. Le gouvernement incite la population à se faire plaisir à Noël en achetant des produits artisanaux. Mais des millions de personnes ne remplissent leur frigo que grâce aux associations caritatives. Si elles réussissent à faire un extra pour les fêtes et à acheter des cadeaux pour les enfants, ce sera aussi grâce à celles-ci !

Pas un jour ne passe sans que de nouveaux licenciements soient annoncés. Dernièrement, Elior, le géant de la restauration, a annoncé 1888 suppressions d’emplois ; Disney, 1000 sur son site de Marne-la-Vallée… Cela s’ajoute à la liste déjà longue de Bridgestone, Danone, Hutchinson, Renault, Airbus, Air France, Auchan... En novembre, une officine gouvernementale a comptabilisé 67 000 suppressions de postes annoncées dans le pays.

Quand il ne s’agit pas de licenciements, il s’agit d’attaques contre nos conditions de travail : tentatives de faire du sous-effectif la norme, attaques mesquines contre des primes ou des repos compensateurs, contre les congés… Contrairement à l’épidémie de Covid, ces attaques ne doivent rien à la nature. Les travailleurs sont confrontés à un virus qu’ils connaissent bien, le virus du profit et de la rapacité patronale.

Bien que l’État se soit substitué au patronat pour payer le chômage partiel, les grands groupes, c’est-à-dire ceux qui ont des millions en réserve, restructurent à tour de bras, alimentent l’explosion de chômage et de la misère. Le grand patronat mène la lutte de classe et il est sans pitié.

Le patronat est à l’offensive pour accroître l’exploitation. Alors, partout, il faut que les travailleurs se défendent. Certains le font déjà dans bien des entreprises.

À Villeurbanne, les ouvriers de General Electric ont fait trois semaines de grève contre des suppressions de postes et ont forcé la direction à en réduire le nombre. Dans son usine d’Orléans, le groupe pharmaceutique Delpharm voulait supprimer une semaine de congés payés et 13 jours de RTT, tout en imposant aux salariés 35 minutes de travail gratuit par jour ! La grève a contraint la direction à reculer en partie.

Toutes les luttes collectives pour nos intérêts sont positives. Et il n’y en a pas de petites. Même quand elles n’amènent pas la victoire, elles permettent de renouer des liens de solidarité et de confiance, et cela compte pour l’avenir.

Car le plus dur reste à venir. Pour l’instant, le gouvernement ouvre son chéquier et il donne sans compter aux plus gros, faisant exploser la dette de l’État. Dès que l’épidémie sera derrière nous, il le fera payer au monde du travail, en commençant par s’attaquer à nos retraites. La vraie sortie de crise pour les travailleurs, ce sera le moment où ils renoueront avec la lutte pour faire payer la bourgeoisie dont les affaires et les profits ont été assurés par le gouvernement. Ces milliards qui sont aspirés par la finance et enrichissent une toute petite minorité capitaliste, il faut aller les chercher !
 
Le 14 décembre 2020

lundi 7 décembre 2020

Opposer la conscience de classe à la campagne réactionnaire !

Après la loi Sécurité globale, le gouvernement remet le couvert, autoritaire et répressif, avec la loi contre le séparatisme, qui arrive, ce mercredi, en conseil des ministres. Et celle-ci charrie, en prime, de forts relents xénophobes et anti-musulmans.


Le but affiché de cette nouvelle loi est, nous dit le gouvernement, « de lutter contre l’activisme de militants de l’islam politique ». Alors que la haine et le rejet vis-à-vis des musulmans et des immigrés est relancée à chaque attentat terroriste ; alors que l’extrême droite identitaire en fait son fonds de commerce, Macron choisit d’en rajouter !

Braquer les projecteurs sur les quartiers populaires et sur une religion en particulier, l’islam, ne peut qu’alimenter les préjugés, les amalgames et la suspicion contre tous les musulmans… et raviver, à l’opposé, le sentiment de rejet, d’injustice et d’oppression sur lequel prospèrent les fondamentalistes intégristes.

Macron joue au pompier pyromane en toute connaissance de cause. Il le fait pour des raisons bassement électoralistes : en reprenant l’essentiel de la démagogie sécuritaire et raciste de la droite et de l’extrême droite, il espère leur couper l’herbe sous le pied.

La droite et Le Pen demandent plus d’autorité ? Macron nomme Darmanin pour en finir avec « l’ensauvagement » de la société ! La droite et Le Pen draguent la police ? Macron fait la loi Sécurité globale pour plaire aux policiers ! La droite et Le Pen accusent le communautarisme musulman d’être responsable du terrorisme ? Va pour une grande loi contre le séparatisme ! Et « qu’importe le breuvage, pourvu qu’on ait l’ivresse », dit le proverbe. Eh bien, il en va de même pour le contenu de cette loi !

La mesure rendant la scolarisation obligatoire dès l’âge de 3 ans, présentée, hier, comme la plus importante, est, peu à peu, vidée de son contenu. Quant aux autres articles, ils sont, comme l’article 24 de la loi sur la Sécurité globale, sujets à tellement d’applications et d’interprétations différentes, qu’ils ouvrent la porte à tout et n’importe quoi. Et c’est aussi tout l’intérêt du mot séparatisme ! Ce mot pourrait désigner la bourgeoisie qui se barricade derrière les murs des quartiers huppés et rechigne à l’impôt. Mais ce n’est pas dans ce sens-là qu’il est utilisé par le pouvoir. Le gouvernement l’utilise contre les musulmans et, demain, il l’utilisera peut-être pour combattre les travailleurs, les pauvres, les opprimés qui contesteront sa politique.

Cette course à l’échalotte sécuritaire sur le dos des musulmans et des immigrés est lourde de menaces pour les travailleurs dans leur ensemble. Elle prépare, pour tous, un avenir plus autoritaire, précisément dans cette période de crise où les travailleurs, confrontés à l’aggravation de l’offensive de la bourgeoisie, vont avoir de grandes luttes à mener, ne serait-ce que pour préserver leur emploi.

À la répression patronale et gouvernementale, s’ajoutent toutes les violences venant des forces réactionnaires qui ont pour objectif de faire marcher les travailleurs au pas. D’un côté, il y a les militants intégristes qui cherchent à imposer leurs visées réactionnaires aux populations de culture musulmane. Il y a les prêcheurs de haine et du djihadisme. À l’opposé, il y a leur répondant, les identitaires d’extrême droite anti-immigrés en général et anti-musulmans en particulier. Ces deux camps visent, au bout du compte, la même chose : embrigader les femmes et les hommes censés faire partie de leur communauté pour leur dicter leur loi, leurs préjugés et leur imposer leur façon de vivre. Par là-même, ils divisent les travailleurs, les opposent les uns aux autres et les désarment.

Pour le monde du travail, la seule façon de sortir de cet engrenage est de renouer avec le combat commun des exploités. Il s’agit de s’unir pour défendre ce qui est essentiel à tous les travailleurs : celui d’avoir un emploi, un salaire digne, une retraite, des conditions de logement, d’éducation et de soins dignes de ce siècle. Au-delà de la défense des intérêts matériels, il faut que les travailleurs reconstituent un mouvement ouvrier qui combatte l’ordre établi avec l’objectif de renverser la dictature de cette petite minorité d’hommes qui est la seule à profiter de l’exploitation et des inégalités de classe. Un mouvement ouvrier qui combatte pour l’émancipation de tous ceux qui font vivre la société.

L’obscurantisme et les préjugés racistes naissent et se nourrissent d’un ordre social où règnent la misère, les frustrations et les injustices. Ils sont attisés par la concurrence et la guerre de tous contre tous, érigées en mode de fonctionnement par la bourgeoisie. L’ordre social pourrit sur pied, les travailleurs doivent se donner la perspective révolutionnaire de le renverser. 
 
Le 7 décembre 2020