lundi 19 février 2024

La grève, c'est l'arme de tous les travailleurs


 

 

La grève des contrôleurs de la SNCF, le week-end dernier, a entraîné une poussée de fièvre anti-ouvrière : les laquais de la bourgeoisie, qui applaudissent aux superprofits et trouvent normal que les actionnaires encaissent des dividendes en hausse de 20 ou 30 % par an, se sont déchainés contre les soi-disant « cheminots privilégiés ».

En première ligne, il y avait les sénateurs de droite. Ces messieurs viennent de se voter une augmentation de 700 € de leurs frais de mandat, lesquels passeront de 5 900 à 6 600 € mensuels, car, expliquent-ils, l’inflation et les JO font augmenter les nuitées d’hôtel. Cela ne les a pas empêchés de calomnier les contrôleurs qui, à les entendre, « n’avaient pas à se plaindre » !

Ne leur en déplaise, les contrôleurs ne se « plaignent » pas, ils se battent, et ils savent pourquoi : 500 € par mois sur la prime de travail, des mesures d’aménagement pour ceux qui approchent de la retraite et des embauches pour qu’il y ait deux contrôleurs dans tous les TGV.

Comme n’importe quel travailleur, les contrôleurs de la SNCF veulent que leurs conditions de travail et leurs salaires ne reculent pas. Politiciens et médias ont tenté de dresser les usagers contre les cheminots, mais cela n'a pas marché auprès de bien des travailleurs, précisément parce que ces revendications font écho à celles de l’ensemble du monde du travail.

La flambée des prix que nous subissons est bien supérieure à l’inflation de 5 % officiellement annoncée. Quel est l’ouvrier, l’employé, la caissière, le technicien, l’aide à domicile satisfait de son salaire ? Cela fait des années que les suppressions d’emplois se succèdent. Alors, qui n’a pas de revendication concernant les effectifs et les conditions de travail ?

Les politiciens ont fait mine de se soucier des vacances des travailleurs, alors qu’ils sont, avec le grand patronat, les premiers à nous les pourrir en faisant reculer nos droits et notre pouvoir d’achat.

Si quelques familles ont été privées de ski, n’oublions pas que des millions d’autres n’ont jamais mis les pieds dans une station de sport d’hiver. Non pas faute de trains, mais parce qu’après avoir payé la facture d’électricité et le plein d’essence, il ne reste plus rien !

Revendiquer l’augmentation de son salaire de base, c’est-à-dire le salaire qui tombe tous les mois, qui assure un minimum quand on est malade et qui compte pour le calcul de la retraite, est une préoccupation commune à tous les travailleurs. Et il faut que cette augmentation soit indexée sur le niveau réel d’inflation que nous mesurons tous quand nous allons faire nos courses et devons payer toutes nos factures.

C’est un combat à mener, car même si les milliards pleuvent dans les caisses du grand patronat, celui-ci ne lâchera rien de notable sans y être contraint par les travailleurs mobilisés.

Ce combat démarre parfois dans un service ou un atelier au moment des négociations annuelles obligatoires qui mettent en lumière la rapacité patronale. Mais pour faire payer le grand patronat, il faut que l’action collective et la combativité s’élargissent et se répandent à tous les corps de métier et à tous les secteurs.  

Les grèves de cheminots ont le don d’enrager les défenseurs du patronat parce qu’elles démontrent de façon spectaculaire le poids des travailleurs dans la société. Avec 70 % de grévistes dans les TGV, les contrôleurs ont désorganisé le trafic. C'est dire qu'ils sont indispensables à la bonne marche de la société ! Cela donne une idée de la force que représenteront tous les contingents de salariés quand ils entreront en lutte ensemble, entraînant, espérons-le, les petits agriculteurs, artisans et petits commerçants écrasés par le grand capital.

Il y aura toujours des parasites pour nous faire la leçon et nous expliquer, comme l’a doctement fait le Premier ministre, que « les travailleurs ont le devoir de travailler ». Merci Monsieur Attal, quand on appartient au monde du travail, on sait qu’on y est obligé !

Mais on sait aussi que le droit d’encaisser, c’est la bourgeoisie qui le détient, les grands actionnaires et le grand patronat, tel le patron de LVMH, Bernard Arnault qui a gagné, en 2023, l’équivalent d’un Smic toutes les 15 secondes.

Alors, vive les travailleurs qui se battent pour défendre leur niveau de vie et leurs conditions de travail ! Quelle que soit notre branche d’activité, notre lutte est légitime. Marchons la tête haute et luttons pour nos intérêts, avec l’objectif de généraliser le combat, parce que c’est en s’unissant que les travailleurs pourront véritablement inverser le rapport de forces avec le grand patronat.

Nathalie Arthaud

Le 19 février 2024

mardi 13 février 2024

Gaza : jusqu'où ira le bain de sang ?

  


 

Jusqu’où ira le gouvernement israélien dans le massacre à Gaza ? Combien de destructions et de cadavres lui faudra-il encore ?

En 120 jours, l’armée israélienne a largué plus de bombes sur Gaza que les États-Unis n’en ont déversées sur l’Irak en 2003. Avec 28 000 morts et 100 000 blessés officiellement recensés, cette minuscule bande de terre s’est transformée en mouroir. Et maintenant, Netanyahou lance une offensive sur Rafah, bombardée depuis vendredi !  

Cette ville, au sud de la bande de Gaza, concentre 1,3 million de déplacés palestiniens et constitue le seul point d’entrée de l’aide humanitaire sur le territoire. Mais pour Netanyahou, ce n’est pas un problème : il faudra que « les civils évacuent ».

Ce seul plan d’évacuation fait froid dans le dos. La population réfugiée à Rafah survit dans des tentes de fortune, avec des blessés et des malades, avec des enfants et des personnes âgées à bout de forces. Leur vie ne tient qu’au fil qui les relie aux points de ravitaillement en eau et nourriture assurés par des ONG. Alors, partir ? Comment ? Et où, sachant que l’Égypte ne veut pas ouvrir sa frontière ?

Netanyahou justifie cette nouvelle escalade par la nécessité de détruire les dernières poches de combattants du Hamas. C’est en réalité une politique de terreur contre toute la population. Déjà pris pour cibles, les Palestiniens de Gaza sont en train d’être affamés, puisque le gouvernement israélien et, avec lui, les États-Unis et la France ont coupé les vivres à l’agence de l’ONU, l’Unrwa, leur ultime bouée de secours.

« Tant que ces gens sont en bonne santé, ils continueront de se battre. Mais si on les prive de tout, on parviendra à arrêter la guerre », s’est vanté un colon israélien, prêt donc, à assumer une épuration ethnique.

Si cette politique de terreur vise à briser les Palestiniens de Gaza pour de longues années, elle fait aussi naître les prochaines générations de révoltés et de combattants.

Quand les armes se tairont, personne ne sera en paix. Ni les Palestiniens qui pleureront leurs morts et reconstitueront leurs forces pour le combat. Ni les Israéliens qui vivent en permanence la main sur la gâchette, derrière des barbelés toujours plus hauts.

Depuis la création de l’État d’Israël, ses dirigeants, soutenus par le monde impérialiste, assurent aux Juifs qu’ils leur garantissent la paix et la sécurité, loin de l’antisémitisme et du génocide dont ils ont été victimes.

Les Arabes n’étaient pour rien dans les persécutions qui ont culminé en Allemagne nazie, avec la complicité plus ou moins ouverte des autres grands pays impérialistes, mais c’est sur leur dos que s’est faite la promesse de construire un havre pour les Juifs.

Promesse totalement illusoire car, comme le disait Karl Marx, « un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre ». Et en 75 ans d’existence, Israël a été en guerre de façon quasiment ininterrompue. Tant que les massacres, la colonisation et les exactions  se poursuivront contre les Palestiniens de Gaza et ceux de Cisjordanie et d’Israël, la population juive israélienne n’aura ni paix ni sécurité.

La tragédie qui se déroule à Gaza va déterminer l’avenir du Moyen-Orient, pour des décennies. Et qui peut être sûr qu’elle n’embrasera pas la planète toute entière ?

Même les États-Unis, les premiers maîtres du monde, le craignent. Et pour cause ! Leur politique de pillage et toutes les guerres qu’ils ont menées au Moyen-Orient y ont engendré l’instabilité générale. Et ils ne font pas grand-chose pour que Netanyahou et ses acolytes d’extrême droite ne mettent pas le feu à la région.

Déjà, la guerre de Gaza a ses répliques au Sud Liban où les camps de réfugiés palestiniens sont nombreux et où le Hezbollah soutenu par l’Iran est un État dans l’État. Elle s’est étendue à la mer Rouge où les houthis du Yémen attaquent des navires commerciaux. Elle a ressurgi en Irak et en Syrie où de nombreuses milices prospèrent sur la désolation et la haine semée par les interventions occidentales successives.

De fait, l’engrenage guerrier est lancé. Et les puissances impérialistes, qui ont fabriqué le conflit opposant les Juifs aux Arabes de Palestine, sont incapables de l’arrêter. La seule alternative à cette marche à la guerre est celle que les exploités du monde entier pourraient représenter en s’attaquant à leurs propres dirigeants et à l’ordre capitaliste qu’ils incarnent.

Nathalie Arthaud

Le 12 février 2024

mardi 6 février 2024

Ouvriers et paysans : pour que la lutte ne soit pas un éternel recommencement

      

 

En multipliant les barrages et les actions chocs, les agriculteurs ont forcé le gouvernement à intervenir.

Il a fini par débloquer 400 millions en subventions et exonérations diverses et a promis de revenir sur certaines contraintes écologiques. Il menace de sanctions les industriels et la grande distribution qui abusent de leur position dominante et s’affiche opposé à la ratification du prochain traité de libre-échange négocié par l’Union européenne.

Ces promesses ont permis au syndicat majoritaire, la FNSEA d’appeler à la suspension du mouvement. Mais si les barrages ont été levés, l’ambiance n’est pas au triomphalisme, tant les agriculteurs savent que, sur le fond, rien n’est réglé.

Ils savent que ce n’est pas en s’accrochant aux pesticides qu’ils assureront l’avenir et feront face au changement climatique. Quant aux 400 millions d’euros, s’ils sont véritablement accordés, ils finiront, comme toujours, dans les caisses des plus gros agriculteurs. Et si les industriels de l’agroalimentaire et la grande distribution relâchent un peu leur pression, cela ne durera qu’un temps.

La domination des gros sur les petits est un des aspects les plus révoltants du capitalisme. Et ce n’est pas parce que le gouvernement parle de « souveraineté » ou « d’exception française » que l’agriculture déroge à cette règle.

Si nombre d’agriculteurs ont du mal à se verser un Smic, la filière est très lucrative pour les actionnaires de Lactalis et de Bigard. Elle rapporte gros aux semenciers et aux trusts de l’agrochimie les Bayer et Cie. Elle fait prospérer les actionnaires de Danone, d’Unilever, des fabricants de matériel agricole, ainsi que les Leclerc, Carrefour et Auchan... Sans oublier les banques qui profitent de l’endettement forcé des agriculteurs !

Les traités de libre échange sont largement dénoncés. Mais qui les organise et en profite, sinon les importateurs de l’agroalimentaire et de la distribution et les gros exportateurs français, céréaliers, betteraviers ou viticulteurs ? Et si le gouvernement se pose en arbitre, il tranche toujours en leur faveur.

Aucun problème de fond ne sera résolu pour les petits exploitants agricoles, tant que règneront les lois du marché qui sont dans la nature du capitalisme. Et pourtant, dans leur écrasante majorité, les agriculteurs sont attachés à l’ordre capitaliste.

Les plus gros y trouvent leur intérêt. Les capitalistes de l’agriculture sont à l’image du président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, qui est aussi dirigeant d’un groupe produisant les marques Lesieur et Puget. Ils sont de taille à participer à la fixation des prix sur le marché, à exporter leurs produits à l’autre bout du monde, et même à acheter et exploiter des terres dans les pays les plus pauvres. Dès que l’on parle subventions, ce sont eux qui en profitent le plus, ils encaissent d’ailleurs l’essentiel des aides de la PAC.

Quant aux petits agriculteurs, l'économie de marché et la concurrence les broient, mais ils ne voient leur avenir que dans cette économie. Ils défendent d’autant plus la propriété privée et la libre entreprise qu’ils ont peur de perdre la leur.

Il en va ainsi des nombreux artisans, commerçants ou travailleurs à leur compte qui ont un pied dans le monde du travail et un autre dans celui du patronat. Ils sont pris dans mille contradictions. Ils dénoncent le poids de l’État tout en lui demandant toujours plus d’aides. Ils défendent le marché et la libre entreprise, mais ils veulent aussi des revenus garantis et des marchés encadrés.

C’est pourquoi la perspective de renverser le capitalisme pour en finir avec la loi du plus fort ne peut être portée que par les exploités qui n’ont que leur force de travail pour vivre, c’est-à-dire les travailleurs salariés. Ils sont les seuls à n’avoir aucun fil à la patte : ni petit commerce, ni petite entreprise, ni terre à capitaliser.

Ils ont, eux aussi, bien des raisons de se battre et toute légitimité à le faire. Les agriculteurs peuvent affirmer avec fierté qu’ils nourrissent le pays. Mais sans les ouvriers fabriquant tracteurs et moissonneuses, sans ceux des abattoirs, sans camionneurs et caissières, la nourriture n’arriverait pas dans nos assiettes. Les travailleurs de l’agroalimentaire, de l’énergie, de l’automobile, de la santé… sont aussi indispensables à la société.  

Eh bien, nous, travailleurs, nous devons aussi apprendre à nous organiser et lutter ! Non seulement pour défendre nos conditions d’existence, mais aussi et surtout pour offrir une autre perspective politique à la société : celle d’une organisation planifiée et rationnelle de la production agricole et industrielle pour satisfaire les besoins de tous, car les moyens de le faire existent.    

Nathalie Arthaud 

Le 5 février 2024

 

lundi 29 janvier 2024

Les agriculteurs défendent leurs intérêts, les travailleurs doivent en faire autant !

Blocages de nationales ou d’autoroutes, siège de préfectures, descentes dans les magasins de la grande distribution et peut-être un blocus de la capitale : les agriculteurs se mobilisent massivement depuis une semaine. Alors qu’en travaillant d’arrache-pied, certains d’entre eux n’arrivent pas à se verser un Smic, on ne peut que partager leur colère !

Les agriculteurs ont déjà contraint Gabriel Attal, le Premier ministre, à des concessions qui sont loin de satisfaire tous ceux qui sont mobilisés. C’est que la colère est profonde. Et la FNSEA, syndicat majoritaire, a pris la tête de la mobilisation et appelle à poursuivre les actions.

Dans l’agriculture comme dans d’autres branches économiques, il y a des gros et des petits. Les gros sont de véritables capitalistes, à l'image d’Arnaud Rousseau, patron de la grande firme d’agroalimentaire Avril (Lesieur, etc.), également président de la FNSEA. Ils participent à la fixation des prix sur le marché et se conduisent comme des financiers. Ils peuvent faire face aux crises, et même en profiter pour écraser les plus petits.

Ces entrepreneurs font leur beurre en exportant dans le monde entier. Ils savent profiter des accords de libre-échange qui font crever bien des petits paysans ici et dans les pays pauvres. On les entend dénoncer la concurrence étrangère et réclamer des taxes aux frontières, mais ils sont les premiers à exporter dans le monde et à défendre la loi du marché. Et ils utilisent le sort des petits pour arracher de nouvelles subventions.

En revanche, les petits paysans sont des travailleurs de la terre écrasés par les intermédiaires, l’agro-industrie, la grande distribution, et les banques auprès desquelles ils sont souvent surendettés. Ils sont asphyxiés par les plus gros. Lactalis achète ainsi aux producteurs le litre de lait à 40 centimes, litre que le consommateur paie 1 ou 1,20 euro en grande surface – on comprend que les Besnier, actionnaires de Lactalis, soient parmi les plus riches de France, avec 40 milliards d’euros de fortune. À cela, s’ajoutent pour les paysans les aléas climatiques, les épizooties et mille et une contraintes. 

Travailler du matin au soir sans arriver à payer les factures et dépendre des plus gros, cela leur fait un point commun avec tous les travailleurs. Car vivre sans avoir la maîtrise de son salaire et de ses conditions de travail est le lot de presque tous les salariés, ouvriers, employés et techniciens. Voir son pouvoir d’achat dégringoler, risquer de se retrouver sans travail ni logement est le sort de millions de travailleuses et de travailleurs. Eh bien, ce que les agriculteurs mobilisés n’acceptent pas, nous n’avons aucune raison de l’accepter pour nous-mêmes !

Ces petits agriculteurs sont, comme nous, travailleurs à la base de la société. Ils nourrissent la population, disent-ils fièrement et avec raison. Mais sans les travailleurs qui transportent, transforment et conditionnent les produits agricoles… ils ne nourriraient personne d’autre qu’eux-mêmes. Et sans les ouvriers, les hospitaliers, les maçons ou les agents du nettoyage, la société s’arrêterait brutalement.

Ouvriers et paysans sont à la base de toutes les richesses. Mais ce sont les capitalistes, les parasites et les financiers qui profitent de ce travail. Nous n’avons pas à l’accepter !

Nous vivons dans une économie injuste où les capitalistes riches à milliards broient l’ensemble des classes travailleuses. Alors oui, la classe ouvrière et les petits paysans, artisans et commerçants peuvent se retrouver dans le combat contre le grand capital et les banques !

L’ironie de la situation veut que les petits agriculteurs, victimes de la loi du plus fort qui est au cœur du capitalisme, en sont les défenseurs, car ils aspirent à conforter leur propriété. Même si, pour nombre d’entre eux, celle-ci se transforme en endettement à vie et fait planer la menace de la faillite et de l'expropriation. Même si leur libre entreprise les transforme en quasi-salariés des grands groupes de l’agroalimentaire.

Comme tous les exploités, les petits agriculteurs n’auront pas de répit tant que le capitalisme n’aura pas été renversé. Mais ce combat-là repose d’abord et avant tout sur la classe ouvrière. La solidarité, la compassion ou l’admiration vis-à-vis de la lutte des agriculteurs ne suffisent pas : leur mobilisation doit être une source de combativité pour tous les travailleurs que nous sommes. Pour être écoutés et respectés, il n’y a pas le choix, il faut nous battre pour nos intérêts de classe et la perspective d’une toute autre société, collective et planifiée.

Nathalie ARTHAUD
Le 29 janvier 2024

mardi 23 janvier 2024

Pour le réarmement politique du monde du travail !

 

 

Macron a placé l’année 2024 sous le signe du réarmement. « Réarmement de l’économie », dit-il,
« réarmement de l’État », « réarmement civique » et même « réarmement démographique » ! Ce ton martial n’est pas qu’un effet de style. Le gouvernement veut préparer le pays et, en particulier les jeunes, à la guerre.

L’armée s’y prépare activement. Depuis février 2022, date de l’invasion russe en Ukraine, elle recrute tous azimuts, multiplie les publicités censées faire naître des vocations et appâter les jeunes en promettant mille et un avantages.

Les marchands de canons s’y préparent. Macron l’a dernièrement réaffirmé, il veut passer à une « économie de guerre ». Et Lecornu, le ministre des Armées, estime que nous sommes en passe d’y parvenir. Pas peu fier, il explique que la production de canons, d’avions de combat et d’engins blindés s’accélère. Et de se féliciter de ce que les usines Dassault qui, début 2023, sortaient un Rafale par mois en produisent aujourd'hui trois fois plus !  

Le gouvernement est incapable de relancer la construction de logements, d’ouvrir des crèches et d’assurer la présence de médecins ou de lits d’hôpitaux dans tout le pays. La RATP est incapable de recruter et former pour assurer son service à 100 %. Nombre de TER sont complètement sinistrés. Mais nous allons avoir des missiles téléguidés et des Rafale à gogo !

En plus des préparatifs matériels, le gouvernement veut préparer le pays moralement. Car aucune guerre ne peut se faire sans l’adhésion de la population ou sans la contrainte. C’est ce qui préoccupe aujourd'hui Macron et son état-major : cap, donc, sur le « réarmement civique ».

Sous prétexte d’inculquer aux jeunes des valeurs collectives, il s’agira de leur apprendre La Marseillaise, si possible en uniforme, pour qu’ils puissent chanter à pleins poumons « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». On leur apprendra le respect de la hiérarchie, l’obéissance aux chefs et l’amour du drapeau au travers du Service national universel.

Mais les leçons de morale ne sont pas destinées qu’aux jeunes. Les causeries sur la nécessité de retrouver le sens patriotique et l’esprit de sacrifice sont omniprésentes. Les journaux et les politiciens s’interrogent doctement : « Et nous, que ferions-nous si la France était attaquée ? Quels sacrifices individuels accepterions-nous de faire ? ».

Sur un plateau de télé, un ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry, a regretté que « les gens n’acceptent plus de mourir pour la nation » comme en 1914-18 où, affirme-t-il, « 400 000 gamins ont accepté de mourir sur le chemin des Dames pour prendre une colline aux Allemands » !

En réalité, ces jeunes paysans et ouvriers étaient contraints et forcés de mourir ainsi pour rien. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs fini par se mutiner, en refusant de monter à l’assaut.

Face à cette propagande, gardons en tête la phrase d’Anatole France au lendemain de la Première Guerre mondiale : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. »

Toutes les guerres que nos gouvernants désignent comme des guerres justes cachent des rivalités de pouvoir pour le partage des richesses. C’est vrai de celle en Ukraine comme de la guerre menée par Israël contre les Palestiniens.  

Dans ces guerres, le camp occidental se pose en arbitre impartial qui n’aspirerait qu’à rétablir la paix et la justice, quand la Russie, la Chine ou l’Iran seraient pris de folie impérialiste. Cynisme et hypocrisie !

Pour assurer leur domination coloniale puis impérialiste, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France n’ont cessé de dresser des peuples contre d’autres, comme ils l’ont fait en Palestine, de tracer des frontières artificielles un peu partout dans le monde, de mettre en place des gouvernants à leur botte ou d’abattre les régimes jugés indociles.

Ces manœuvres ont mis à feu et à sang le continent africain où, quand on ne meurt pas sous les balles, on risque de mourir de faim. Le voilà, l’ordre juste et intangible des grandes puissances !  

Les bombes à retardement posées partout par les maîtres actuels du monde menacent aujourd’hui d’exploser, sous la pression de la crise et de l’exacerbation des rivalités capitalistes.

Face à la menace d’une troisième guerre mondiale, nous, travailleurs, devons nous réarmer politiquement. C’est-à-dire être conscients que nous n’avons pas à servir de chair à canon dans des guerres qui ne visent qu’à assurer la suprématie de tels ou tels maîtres capitalistes.

Nos propres dirigeants, piliers de cet ordre barbare, font partie des fauteurs de guerre. C’est contre eux et leur domination qu’il faut se préparer à faire la guerre !

Nathalie Arthaud

Le 22 janvier 2024